Cet article est une simple
mise en perspective d'informations glanées de-ci de-là au cours de l'année passée sur la question alimentaire, nourrit aussi de mes courtes expériences au Burkia Faso et en Argentine (conflit
paysan). Les recherches m'ont peu à peu conduit à découvrir un tableau assez sombre de la situation alimentaire mondiale, et en même temps beaucoup d'espoir face à la simplicité et la beauté des
solutions "courts-circuits".
Ce n'est pas le travail d'un
journaliste, et surtout pas celui d'un spécialiste, mais plutôt d'un dilettante volontaire. Il n'a surtout pas non plus la volonté d'être "objectif", juste le plus honnête
possible.
Les idéologies politiques,
beaucoup de cynisme, et les intérêts économiques ont construit un édifice alimentaire mondial qui ne tient plus que par le volontarisme acharné de quelques uns, et l'indifférence de la majorité
passive, nous-mêmes.
(1) CRISE ALIMENTAIRE
MONDIALE
"Blé, maïs,
riz, lait, pâtes... les denrées alimentaires de première nécessité connaissent une flambée des prix ces derniers mois. Spéculation, désorganisation des filières de production, les raisons sont
nombreuses. Elles aboutissent à une situation alimentaire de plus en plus critique pour de nombreuses populations défavorisées. Des émeutes de la faim, parfois violentes et mortelles, ont éclaté
à travers le monde entier."
http://www.rfi.fr/actufr/pages/001/page_312.asp

(1-1) LES CAUSES
CONJONCTURELLES
De mauvaises
récoltes, dues en partie aux changements climatiques, aux prix élevés des carburants, à la demande croissante en provenance de Chine, d’Inde, du Brésil et de Russie, à la crise du crédit et à une
spéculation de replis sur les denrées alimentaires suite à la crise des subprimes, aux mesures de protection de certains pays, et à la production croissante d'agrocarburants:
(1-2) LE CAS
DES AGROCARBURANTS
NÉCROCARBURANTS
D'après l’institut de
recherche IFPRI ils sont à l’origine de 30% de la récente inflation des prix alimentaires.
LA DEMANDE EN
AGROCARBURANTS
"En 2003, les principaux
pays occidentaux ont engagé des plans ambitieux de développement des agrocarburants. Depuis lors, les études se sont succédées qui, pour l’essentiel, en ont démenti l’intérêt environnemental.
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’ONU, l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et la Chambre des communes britannique ont produit des
rapports à la tonalité critique, ainsi que nombre d’articles scientifiques."
http://www.amisdelaterre.org/-Agrocarburants-.html
BONNE CONSCIENCE
EUROPÉENNE
"D’ici 2020,
10% des carburants utilisés par les Etats membres pour le transport devront provenir de biocarburants. Ainsi l’a décidé l’Union européenne. Et pour répondre à cette forte croissance de la
demande, l’UE devra importer des biocarburants des pays en voie de développement, fabriqués à partir de canne à sucre et d’huile de palme." (Hervé Kempf)
http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?rubrique260
VIOLATION DES DROITS DE
L'HOMME
En Colombie, le président
Bush vient de conforter ses alliances historiques avec le président Uribe qui veut faire de la Colombie LE pays producteur de biocarburant avec les palmiers à huile.
"Le développement du palmier
à huile va de pair avec la destruction à grande échelle des forêts tropicales humides et s’accompagne de graves violences et de violations des Droits Humains.
En Colombie, des ONG
internationales ont consigné 113 meurtres ainsi que des expulsions dans les bassins des rivières Curvaradó et Jiguamiandó (région de Chocó) menées par des paramilitaires qui travaillent avec les
entreprises palmicultrices, en vue de s’emparer des terres qui appartiennent légalement aux communautés afro-colombiennes.
De nombreuses ONG ont
documenté ces exactions et ont condamné ces violations des Droits Humains."
http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article4622

"CRIME CONTRE
L'HUMANITÉ"
Jean Ziegler, rapporteur
des Nations unies pour le droit à l’alimentation explique:
La surface agricole sur terre est plus ou moins fixe. Si on utilise plus de
surfaces pour les biocarburants, on en a moins pour les produits alimentaires. Du coup, les prix de ces
produits alimentaires pour les humains augmentent.
(AFP/FABRICE COFFRINI)
http://www.lepost.fr/article/2007/10/11/1034745_biocarburants-c-est-une-catastrophe-totale-pour-les-affames-du-monde.html
"Quand on lance, aux
États-Unis, grâce à six milliards de subventions, une politique de biocarburant qui draine 138 millions de tonnes de maïs hors du marché alimentaire, on jette les bases d'un crime contre l'humanité
pour sa propre soif de carburant"
Jean Ziegler
http://cosmauxpolis.blogspot.com/2008/04/citation-de-la-semaine-biocarburant-un.html
Jean Ziegler n’a pas hésité à
parler d’un « crime contre l’humanité qui est commis lorsque l’on convertit un sol productif pour l’alimentation en terre à produire du biocarburant »."
Il a rappelé que le nombre de
personnes souffrant de la faim et de la malnutrition a augmenté tous les ans depuis 1996 pour dépasser les 850 millions, alors que l’on estime que la Terre pourrait nourrir 12 milliards d’êtres
humains, soit deux fois la population mondiale actuelle. En réponse à l’argument selon lequel le nombre d’affamés n’a en fait pas augmenté, en chiffres relatifs par rapport à la croissance de la
population mondiale, l’universitaire suisse a répondu: « Je n’accepte pas ce raisonnement car un enfant qui meurt de faim n’est pas une statistique ».
http://www.notre-planete.info/actualites/actu_1394.php
Jean Zigler, rapporteur
auprès de l'ONU ( 60.000 fonctionnaires ) pour les questions de ressources alimentaires vient de publier aux Editions Fayard un livre traduit en 14 langues, intitiulé : l'Empire de la Honte.
Editions Fayard
http://www.dailymotion.com/relevance/search/l%2527Empire%2Bde%2Bla%2BHonte/video/x3y1f_lempire-de-la-honte-jean-ziegler_business
BIO-CARBURANTS PLUS
POLLUANTS QUE LE CARBURANT CLASSIQUE
"selon une étude récente,
si on prend en compte tout le circuit de production (de la graine au carburant), un litre d'agrocarburant produit 2 fois plus de CO2 qu'un litre de carburant "classique"... "
source: Magalie Rivière, environnementaliste,
PROMESSES D'UN FUTUR
RADIEUX: LA 2° GÉNÉRATION
Bien sûr, pour devancer les critiques, les industries de la bio-technologie promettent déjà des bio-carburants de 2° génération qui eux seront tellement mieux et
beaucoup plus commodes...
Face à la crise alimentaire
mondiale, de nombreuses associations ou organismes voient pourtant dans le libéralisme économique, imposé aux pays endettés par le FMI et la Banque Mondiale, la cause de fond de la situation de
crise alimentaire mondiale:
(1-2) LES CAUSES
STRUCTURELLES: L'IDÉOLOGIE NÉO-LIBÉRALE
Les PAS (plans d’ajustement structurel) ont été imposés par les institutions de Bretton Woods aux pays du Sud dans le contexte de la crise de la dette du début des années 1980.
Ces mécanismes, tout droit issus de l’idéologie néolibérale, englobent l’ensemble des secteurs des sociétés visées.
par Eric De Ruest sur http://www.cadtm.org/spip.php?article3269
(CADTM: Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde)
MONOCULTURE ET
DÉPENDANCE
En effet, pour
les théoriciens du néolibéralisme, la mondialisation déploiera l’ensemble de ses bienfaits quand chaque région produira ce
en quoi elle excelle et laissera donc le soin aux autres régions de produire la majorité de ce dont elle a besoin. C’est en substance la
théorie des avantages comparatifs datant de 1817.
Plus simplement, un pays
reconnu comme étant particulièrement adapté à la culture du cacao doit renoncer à produire les céréales, les huiles végétales, les légumineuses nécessaires à l’alimentation de base de ses
habitant(e)s et doit échanger sur le marché mondial sa production contre tout ce qui lui manque. Il s’agit donc de se couper des cultures vivrières séculaires et essentielles à la souveraineté
alimentaire des peuples pour se plier aux jeux des économistes. Jeux dangereux qui ont montrés leurs limites très rapidement et dont on peut contempler toute la déraison à travers les échecs
observés dans de nombreux pays ( Haïti, le Sénégal, le Burkina Faso, etc.). Dangereux car ignorants la destruction de la biodiversité au profit des monocultures d’exportations, ignorants aussi les
impacts écologiques désastreux des transports nécessaires pour toutes ces marchandises.
LA VIOLENCE STRUCTURELLE DU
LIBRE-ÉCHANGE
Dans de
nombreuses régions du monde, la prospérité en milieu rural
à connu un déclin, entraînant une explosion
du nombre de paysans obligés de migrer
vers les villes.
Un milliard et demi d’entre
eux vivent actuellement dans des bidonvilles, disposant de trop peu de revenus pour pouvoir vivre décemment. (...)
http://www.oxfamsol.be/fr/article.php3?id_article=1186
L’appel à la libéralisation
des marchés agricoles est basé sur le postulat qu’il est préférable d’importer des aliments bon marché de l’étranger plutôt que de produire localement a un coût plus élevé.
Dans l’économie de marché
néolibérale, les règles du jeu sont déterminées par les producteurs les plus compétitifs et quelques distributeurs puissants.
"Depuis 25 ans, écrit l’auteur, le FMI et la Banque mondiale ont appliqué la même médecine à plus de 150 pays avec, comme conséquence, que l’économie mondiale est « poussée dans
l’abîme ».
La « solution » à la crise de l’endettement est en réalité la cause de cette même crise : les pays endettés exportent pour rembourser leurs dettes, mais doivent baisser le prix de leurs produits
parce qu’ils sont en concurrence avec tous les autres pays endettés. Cette baisse sans fin augmente leur endettement.
"LES AFFAMEURS" par André Maltais à propos du livre de Michel Chossudovsky « Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial ».
Sources : http://www.lautjournal.info/autjourarchives.asp?article=2092&noj=234
Contre toute logique, la
crise alimentaire mondiale n'est pas pour les institutions internationales, l'occasion de remettre en cause les politiques néo-libérales: